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  Portraits

Ce texte a fait l'objet d'une parution
dans le numéro de janvier 2002 de la revue « Ecouter Voir »
revue des médiathécaires

 

  par Gérard Nicollet

    S'il est bien connu des Bretons et très apprécié des passionnés d'accordéons,
    Yann Dour reste ignoré du grand public et singulièrement des médiathécaires musicaux.
    Principal artisan du renouveau du diatonique en Bretagne, il a, depuis une vingtaine d'années,
    diversifié ses activités au service de la musique, œuvrant aussi bien dans les domaines de l'enseignement
    et de la pédagogie que dans ceux de la production et de l'édition.

Accordéoniste, bien sûr, mais aussi compositeur et chanteur, il a su diversifier son répertoire en l'ouvrant sur d'autres traditions musicales, de la musique bretonne du pays gallo à celle des Cajuns de Louisiane, des airs à danser aux chansons pour enfants, jusqu'à ses récentes rencontres avec le tango argentin, la musique indienne ou la musique tibétaine.

 

Le chat qui va nu-pied

 

Rennes, fin des années soixante-dix. Une époque d'expérimentations sociales et militantes en tout genre, inspirées par des apôtres du désordre amoureux et de la désobéissance civile comme Fourier ou Thoreau : vie communautaire, autoréduction des factures d'électricité en signe de protestation contre une recherche nucléaire imposée, la route, la free press, la bouffe bio... Agé d'une vingtaine d'années, Yann Dour participe activement à toutes ces formes de contestation radicale de la french way of life. Durant cette période, pour gagner sa vie mais aussi par conviction, il travaille dans un magasin d'alimentation biologique. Cette activité lui permet d'être en contact avec tous ceux qui sont à la recherche d'une autre manière de vivre et de consommer. Très vite, sa révolte va évoluer vers une forme d'engagement différente, plus exigeante encore que toutes celles qu'il avait pu aborder auparavant.


Yann Dour, à Caruhel, accompagné au violon
par Jacques-Yves Rehault.
© Photographie Michel Rolland 

En 1978, au cours d'un voyage aux Etats-Unis, il découvre le mélodéon cajun et rencontre le grand joueur Nathan Abshire (1913-1981), qui fut l'une des grandes figures de la musique cajun. Dans la foulée, il crée les groupes Le Chat qui va nu-pied puis Mardi Gras, avec lequel il tourne dans quelques villes américaines. A son retour, il quitte la ville pour la campagne et s'installe dans une maison en ruine achetée pour une bouchée de pain dans le hameau de Caruhel, non loin de Ploërmel (Morbihan). Le lieu-dit Caruhel donnera son nom quelques années plus tard  à une association vouée à la promotion de l'accordéon diatonique. A Ploërmel, il crée la même année la première classe d'accordéon diatonique de Bretagne. Un seul exemple existe en France à cette époque: Jean Blanchard, en milieu urbain à Lyon. Cette création marque les débuts d'une réflexion riche et diversifiée autour des notions d'éveil à la musique et de revalorisation de la musique populaire.

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Dans le même temps, dans la maison de Caruhel, pendant les travaux de rénovation indispensables, qu'il effectue lui-même, il vit pendant plusieurs années dans un tipi sans chauffage ni électricité. A l'image du nom d'un de ses premiers groupes, Yann Dour, libertaire endurci habitué à un mode de vie spartiate, marche pieds nus pratiquement hiver comme été, refusant de se plier à des contraintes sociales contre lesquelles il n'a cessé de se révolter.

Ses lectures l'orientent naturellement vers des images cultes de la contreculture de l'époque, comme celle du guerrier, venue tout droit de L'Herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda. Passionné de bandes dessinées il monte à Guillac une bibliothèque destinée aux jeunes du village, spécialisée dans le huitième art, dans laquelle il place sa propre collection de comics, riche de plusieurs centaines de titres.

La naissance de Caruhel

A Ploërmel, Eveil à la musique, première expérience pilote d'enseignement du diatonique, lui a permis de mieux cerner les questions spécifiques qui se posent à tout professeur d'accordéon à deux rangs. Il décide donc de créer une structure mieux adaptée au but nouveau qu'il s'est fixé : la promotion de l'accordéon diatonique. La naissance de l'association Caruhel en 1985 répond à deux raisons essentielles : faire connaître et pratiquer cet instrument, lui redonner une image positive et élargir sa place de la tradition musicale populaire.

Cette place, qui a longtemps été occultée par celle de l'accordéon chromatique, puis par la déferlante américaine des années 50 et 60, est redevenue plus prégnante au début des années 70, portée par le renouveau des musiques traditionnelles. Plus qu'une simple école, Caruhel défend avant tout une philosophie particulière de l'enseignement musical reposant sur une défense et une mise en valeur de la culture populaire. Cette philosophie s'appuie sur une pédagogie adaptée de celle de Carl Orff, compositeur des célébrissimes Carmina Burana.

 Depuis sa création, Caruhel a diversifié ses activités. Le secteur édition s'est rapidement étoffé avec la parution de nombreuses méthodes, recueils de répertoires, vinyls, CD, vidéos.

Parallèlement, le secteur formation a lui aussi connu un développement important qui aboutira en 1998 à la création du premier BÉTEP (brevet d'État d'animateur technicien de l'éducation populaire) de musique et danse populaires.

Collectif accordéon
 diatonique Bretagne

En 1985, avec Alain Pennec, Yann Dour crée le CADB (Collectif accordéon diatonique Bretagne) don't l'objectif principal est de faire se rencontrer, se connaître et jouer ensemble les milliers de joueurs d'accordéon diatonique de Bretagne. Ce collectif propose aussi une réflection et des discussions sur la pédagogie de l'accordéon et de la musique traditionnelle, sur leur histoire, leur actualité et leur avenir par le biais de son bulletin de liaison, Parole d'anches, accessible par Internet. Outre Yann Dour, on y trouve des articles signés par d'autres accordéonistes comme Patricia Gendre, Yann-Fanch Perroches, Bernard Coffet ou Patrick Harel.

De Mardi gras à Diaoulezed

Quand on fait le bilan de toutes les activités entreprises par Yann Dour par le biais de Caruhel, devenu aujourd'hui trois associations parallèles et distinctes (Association Caruhel, Caruhel Animation, Oust Production), on est impressionné par l'ampleur et la qualité du travail accompli. Et encore la place manque pour parler ici en détail d'autres actions musicales d'envergure, comme son travail avec les enfants de Dialoulezed qui a donné lieu à l'enregistrement de deux CD. Il faudrait parler du groupe Mardi gras, avec lequel Yann continue de se produire en compagnie des musiciens Eric Martin, Jean-Yves Rehault et François Chapron, de Bretagne-Buenos Aires, collaboation avec le Cuarteto Cedron et Bouch Du, son nouveau groupe, qui mêle amoureusement tango argentin et musique bretonne, chanson et poésie; de la création Jalsshagar et Sangita, association entre musique bretonne, musique indienne et musique classique, réalisée lors des Rencontres musicales internationales de PloërmeL.

Mais le temps passe, et il nous reste juste quelques minutes pour parler  un peu d'accordéon diatonique avec Yann Dour. Auparavant, vous pouvez toujours écouter les conseils de l'ami Yann  et, que vous habitiez en pays gallo ou au fin fond de la Crau (pas très loin de la Camargue), balancer votre chaîne hi-fi aux orties, acheter un accordéon et jouer, jouer encore, jusqu'à ce que les murs du vieux monde s'écroulent (non, non, ce n'est pas un rêve !)

Lire l'entretien de Gérard Nicollet
avec Yann Dour.

 

Yann Dour avec le Quartetto Cedrone
et son groupe Bouch Du, en 1998,
lors du Festival de Cornouaille, à Quimper

© Photographies Michel Rolland