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  Portraits

 

    « En direct de Radio-Libertaire, 89.4, voici "Folk à lier" » Il est midi en ce dimanche de février. Serge Tanguy, comme presque chaque semaine depuis vingt ans, anime durant deux heures une des rares émissions du paysage radiophonique parisien consacrées aux musiques traditionnelles.

Ici, règnent les bonnes ondes. Pas de course à l'Audimat ou à la publicité : l'équipe est bénévole et la radio, associative, vit des subsides des aficionados; libertaires, libres-penseurs, artistes sympathisants de tout poil. Un gage de liberté qui sied bien à l'autodidacte Serge Tanguy. « La musique traditionnelle est présente partout dans le monde. Elle est le genre musical le plus diversifié, en constante évolution, et pourtant reste le parent pauvre des médias », explique-t-il.

Si aujourd'hui il peut se targuer d'avoir creusé de larges sillons dans le champ de la musique traditionnelle, le paysage médiatique, jusqu'au début des années 80, avait un aspect quelque peu inexploré.  « Tout a commencé pour moi en 1973, lorsque je me suis inscrit au cercle folklorique Spered ar Vro (l'Esprit du pays) de Saint-Ouen. Mes parents sont tous les deux originaires du pays vannetais et se sont rencontrés à Paris. Où je suis né, en 1956. J'avais toujours côtoyé le milieu, sans prendre conscience d'une culture bretonne. C'est le phénomène Stivell qui m'a fait retrouver mes racines », raconte-t-il. Un appel qui fut entendu dans la diaspora bretonne de Paris. Et d'autant mieux ressenti qu'il venait mettre du baume au cœur aux enfants issus d'une immigration récente.

C'était aussi l'époque de L'Escargot, de l'effervescence du folk. Sevré de musique, il se prend à fouiner chez les disquaires ou aux puces à la recherche de l'enregistrement rare. Et se met lui-même à immortaliser les concerts auxquels il assiste. Peu à peu, de gavottes en bourrées, son intérêt se porte vers d'autres horizons. Mais lorsque, plus tard, il explore la bande FM, il reste sur sa faim. Ou presque. Une seule émission, sur Canal 89, diffuse de la musique folk. Il se jette à l'eau. Il coréalisera l'émission durant un an, en 1983. Après la première vague des radios nées après la libéralisation des ondes, la concurrence fait rage. Canal 89 disparaît.

Toujours mû par sa passion, Serge Tanguy écume les radios pour proposer son projet. Seule Radio Libertaire répondra à l'appel. La première émission, en septembre 1984, battra les records de coups de fil. Un public avait trouvé sa voix. Depuis, l'émission a vu défiler ceux qui , anonymes ou célèbres, animent et pérennisent le monde de la musique traditionnelle: deux cents musiciens, producteurs ou représentants d'association. La musique bretonne ayant les honneurs de « Folk à lier » (de 30 à 40 % de la programmation lui sont consacrés), on relève, parmi eux, un digne aréopage de ses représentants: Gilles Servat, Alan Stivell, Tri Yann, Sonerien Du ou Gwendal. La rubrique «Infolks» renseigne sur les activités et les spectacles parisiens liés à la musique traditionnelle. Avec une échappée vers les musiques du monde, auxquelles est consacrée une émission par mois.

 

Parallèlement, Serge Tanguy a longtemps évoqué, une fois par mois, avec « Vinyles Breizh », la saga de la musique bretonne sur Radio Bro, une des composantes de Radio Pays. Cette radio recueille l'expression des diverses régions françaises. « L'émission rendait compte de tout ce qui a été distribué. Depuis les premiers enregistrements des années 70, les groupes accusent une nette progression vers le professionnalisme. Mais le public n'est pas toujours informé. C'est dommage car, lorsque les producteurs font un effort de promotion, il se révèle payant. » « Folk à lier » est devenu incontournable. Si aujourd'hui la musique traditionnelle reste bien vivante, nous le devons à des passionnés comme Serge Tanguy.

 

Michel Rolland       

 

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© photographies Michel Rolland