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  Portraits

  Ce texte a été réactualisé dans le numéro 16 de Bretagne Magazine
  
de février 2002 et illustré par des affiches

    En quelques décennies, les arts graphiques ont évolué du plomb à la PAO (publication assistée par ordinateur), en passant par la photocomposition. Jamais autant de caractères n'ont été disponibles, pour le meilleur et pour le pire. Pourtant, jusqu'ici, aucune police de caractère numérique utilisable pour le texte courant ne pouvait se prévaloir d'une véritable tradition typographique bretonne. Les caractères le plus couramment utilisés étaient issus de polices glanées çà et là et choisies pour leur inspiration plus ou moins celtique.

S'ils flattaient l'œil, ils ne pouvaient prétendre satisfaire à l'édition, devenant illisibles pour le lecteur moderne. Le caractère brito, créé par le graphiste Fañch Le Henaff, va bientôt combler cette lacune. Professeur d'art graphique à l'école Diwan et à celle de communication visuelle du Paraclet de Quimper, Fañch Le Henaff met la dernière main à ce travail qui lui tient à cœur, fruit de ses recherches historiques, techniques et graphiques.


Fañch Le Henaff dans son atelier
© Michel Rolland   

Vue actuelle de Locronan.
© Michel Rolland   

Installé sur la montagne de Locronan, à deux pas du musée de l'Affiche, Fañch Le Henaff a ouvert son atelier en 1986. A vos pieds, se pressent les demeures de Locronan, dont celle de son père, le boulanger. Si la pierre s'y exprime dans toute sa beauté, Fañch sait qu'elle peut aussi parler. Depuis les glyphes gravés de l'ogham, première écriture celte, apparue au IVe siècle après Jésus-Christ, jusqu'aux onciales irlandaises, la culture celte s'est exprimée dans sa spécificité, malgré la prépondérance de l'oral.

« Les peuples se sont intéressés, de tout temps, à la forme de leurs signes qui allaient pouvoir laisser traces de leur existence de leur mode de pensée de leurs idées par l'écrit. La forme des signes est la marque indélébile d'une identité », écrit-il. Si un texte véhicule l'expression d'une langue, d'une culture, la forme d'un signe est le reflet d'une esthétique et de la valeur attachée aux symboles. 

Fañch Le Henaff se revendique avant tout créateur. Son travail d'affichiste se situe au-delà de la simple démarche publicitaire. En cela rien d'étonnant, puisque, après des études à l'Ecole des beaux-arts de Nantes, il a fréquenté l'Ecole nationale d'arts plastiques de Wroclaw, en Pologne. Ce pays peut s'enorgueillir d'une longue tradition d'art graphique. « Pour mes affiches, j'évite les clichés largement diffusés dans la publicité; triskèles, coiffes, etc. Celles-ci doivent d'abord interpeller le regard, quelle que soit la culture de l'individu. » Même si parfois certaines d'entre elles peuvent se lire à plusieurs niveaux, avec des références à la langue bretonne.

La combinaison de l'image et des lettres doit créer un impact visuel, dans un esprit de concision. Pour Fañch, l'art de l'affiche constitue en soi un langage. Ses oeuvres se veulent vecteurs de la culture, au même titre que la musique et la langue. En retour, leur diffusion permet de véhiculer l'image de la Bretagne et de bénéficier d'un appui à l'extérieur. « L'identité bretonne est plus souvent reconnue à l'Est que chez nos voisins », constate-t-il. De fait, Fañch Le Henaff expose plus souvent à Berlin que par chez nous.

 Dans son ouvrage « Skritur (écriture), typographie et identité », paru chez Cloître éditeurs, il retrace l'histoire de l'écriture celte et la longue quête, menée tout au long du XXe siècle, d'une typographie bretonne. Il y rend également compte de la démarche personnelle qui l'a amené à mettre au point un caractère utilisable pour ses travaux graphiques (affiches, graphisme d'édition, identité visuelle). "Le travail de la lettre dans ma production m'a naturellement amené à opérer des choix de caractères et lorsque ceux disponibles ne me convenaient pas, j'en fabriquais d'autres", écrit-il.

 

Ce fut la même démarche qui poussa plusieurs artistes bretons du XXe siècle à créer les leurs. En particulier René-Yves Creston, des Seiz Breur (Les Sept Frères), qui, à l'instar du mouvement Bauhaus en Allemagne et d'autres mouvements artistiques de l'Est, cherchèrent à promouvoir un art universel résolument moderne en phase avec le quotidien. Ces mouvements se revendiquaient les continuateurs de l'art populaire. Le mouvement s'inscrivait dans un esprit d'émancipation puisque la plupart des caractères utilisés en imprimerie étaient fondus à l'extérieur de la Bretagne. Les demandes réitérées des créateurs bretons de créer les caractères qui leur convenaient restèrent lettres mortes.

 En 1991, la réalisation de l'affiche pour le spectacle « Yann-Vari Perrot, istor ur pezh-c'hoari » de la compagnie Strollad ar Vro Bagan par Fanch Le Henaff lui fait porter un intérêt pour la typographie bretonne. S'efforçant de sauvegarder la cohésion et la permanence de la tradition, il s'inspire de la couverture de la revue « Kornog », revue éditée par René-Yves Creston. Puis, durant l'été 1995, naît la première lettre du caractère brito, d'abord baptisé « Tir na Nog », d'après une onciale irlandaise redessinée, gravée sur une stèle du cimetière des Saints de Lanrivoaré (Finistère). La référence à Jean Brito, typographe breton et pionnier du XVe siècle, à l'esprit novateur et profondément européen, n'est pas due au hasard.

 

Aujourd'hui, la police de caractères est riche de cent vingt signes typographiques, incluant les différentes ligatures spécifiques aux langues européennes et celtiques, tels les c'h, gw et zh bretons. Ces caractères seront à terme disponibles pour la PAO et engloberont l'arrobas pour les sites Internet ainsi que le symbole de l'euro.Dans un soucis d'authenticité, le caractère respecte les permanences des lettres celtiques, rondes et à entrelacs géométriques et droits. Le jeu des lignes et des courbes est stylisé et la petite pointe reste la seule référence aux onciales, certes au détriment de l'aspect ornemental, mais en totale péréquation avec le matériel moderne. L'Institut de recherche en informatique appliquée de Rennes-I s'attache à transposer la matrice en typo-numérique.

Pour en savoir plus: consultez un article du Courrier du Léon

 

 

 

Pour plus de renseignements  sur la calligraphie, consultez le site , un annuaire des sites abordant ce sujet